L’étrange disparition d’Esme Lennox

Je viens de terminer ce livre de Maggie O’Farrell. J’avais entendu parler d’un autre de ses romans quelque part, ce qui m’avait donné envie de le lire (« Quand tu es parti »). Je suis donc allée chez mon libraire préféré, qui ne l’avait pas. Du coup, surmontant avec peine mon désarroi, j’ai regardé les autres livres de la dame et j’ai été très intriguée par la couverture et ses couleurs froides puis par le résumé de L’étrange disparition d’Esme Lennox. Qui a donc fini dans mon panier. Pour ne pas changer.

Le pas de trois orchestré par l’auteur est parfaitement synchronisé : le roman se passe à la fois en Inde et à Edimbourg. Hier et aujourd’hui. On suit l’évolution en Inde de deux fillettes des colonies, Esme et Kitty, sa soeur aînée. Et on suit en parallèle la vie actuelle à Edimbourg d’Iris, la petite-fille de Kitty, par qui l’histoire commence.

Iris a une vie compliquée, entre Alex, son frère par alliance, et Luke, l’homme marié, avec qui elle a une aventure. Un jour, coup de fil de l’hôpital de Cauldstone. Elle découvre alors, incrédule, qu’elle a une grand-tante, Esme Lennox, qui est internée dans cet asile psychiatrique depuis plus de soixante ans. Et elle, Iris, est la seule parente qui lui reste. Kitty, sa grand-mère et la soeur d’Esme, est toujours vivante mais atteinte de la maladie d’Alzheimer et placée dans un hospice. Le roman alterne sans cesse les voix de ces trois femmes, qui parlent au présent et au passé. On comprend peu à peu comment une jeune fille de 16 ans a pu se retrouver internée durant plus de soixante ans. Et l’on apprend que dans la première moitié du XXème siècle, il n’était pas compliqué de faire interner qui que ce soit où que ce soit. Ça fait froid dans le dos… La jeune Esme était quelqu’un d’indépendant, à l’esprit libre alors que sa soeur Kitty était on ne peut plus incolore et taillée dans le moule de la brave épouse qui fait tapisserie.

Entre les drames de son enfance, ses rêves, et la concurrence existant avec sa soeur, concurrence dont Esme n’a même pas conscience, le roman est passionnant, magnifiquement écrit et mené. Entre la maladie d’Alzheimer de Kitty, le mutisme de Esme à l’âge adulte (en même temps, après tant d’années en hôpital psychiatrique, on la comprend), et l’ignorance d’Iris, on découvre peu à peu ce qui s’est réellement passé, comment Esme s’est retrouvée là. Et c’est tout simplement magistral et révoltant, tout à la fois.

Personnellement, j’ai adoré ce roman, même si la fin m’a un peu déçue. Je vais d’ailleurs relire les dernières pages la tête froide afin de mieux la cerner. Mais même ce sentiment mitigé ne me fait pas revoir mon avis sur L’étrange disparition d’Esme Lennox. D’ailleurs, il y a un double sens dans ce titre : outre la disparition d’Esme au sens propre, quand toute sa famille ignorait son existence, elle a aussi acquis la faculté de se rendre presque transparente aux yeux du monde. Pas à ceux du lecteur, en tous cas. Précipitez-vous!

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2 réflexions sur “L’étrange disparition d’Esme Lennox

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