Marina

Le premier roman de Carlos Ruiz Zafón que j’ai découvert (et son quatrième), L’ombre du vent, m’a laissé un souvenir assez inoubliable. Depuis, j’ai acheté Le jeu de l’ange, paru en poche il y a quelques mois, mais je ne me suis pas encore lancée dedans. Récemment, nous sommes partis à Barcelone pour assister au MWC (Mobile World Congress, dont je vous parle bientôt) et l’idée de me balader dans la ville qui fut le théâtre de ce roman m’a donné envie de me replonger dans les livres de l’auteur. Cependant, Le jeu de l’ange était un peu épais pour ce voyage (quand on voyage avec Easyjet, tous les volumes comptent : un seul bagage en cabine, c’est un seul bagage en cabine) J’ai donc décidé d’emporter son petit dernier, un peu plus léger : Marina, sorti début 2011 en français et en poche chez Pocket en janvier 2012. Ce roman, à l’époque, a eu la particularité de sortir tant en collection adolescent qu’en collection adulte. Suite à tout cela, vous ne serez pas surpris d’apprendre que je partais avec un à priori positif sur ce roman. Je n’ai (presque) pas été déçue !

Dans Marina, Carlos Ruiz Zafón nous raconte l’histoire d’Oscar, un jeune garçon interne dans un pensionnat de Barcelone. Au tout début du livre, on retrouve Oscar dans une gare, après une semaine de disparition où personne ne sait où il a été… Retour en arrière. Oscar aime se balader dans cette ville qu’il adore : il erre au gré de ses envies, souvent dans des recoins perdus ou abandonnés. Un jour, alors qu’il traîne dans un quartier empli de villas abandonnées, il suit un chat, entend une merveilleuse musique et se retrouve à l’intérieur d’une de ces maisons. Surpris dans sa visite par un homme étrange, il s’enfuit, oubliant de reposer la montre en or qu’il avait ramassée sur un meuble pour pouvoir l’observer. Quelques jours plus tard, Oscar, plein de culpabilité, revient rapporter cette montre. Ce faisant, il rencontre Marina, la fille de l’étrange monsieur, German, qui se révèle être extrêmement gentil. Le jeune garçon s’attache rapidement à Marina et à son père, au point de passer tout son temps libre chez eux, dans cette villa étrange, sans électricité, et hantée par les portraits de la mère de Marina, morte peu après la naissance de sa fille. Marina entraîne Oscar près du cimetière de Sarria, dans lequel se joue une scène étrange chaque dernier dimanche du mois, lorsqu’une femme entièrement recouverte d’une cape vient se recueillir sur une tombe anonyme, sur laquelle seul un mystérieux papillon noir est gravé. Les jeunes vont suivre cette femme et essayer de transpercer le voile de mystère qui l’entoure. Sans savoir dans quoi ils vont plonger, tête la première.

J’ai beaucoup aimé ce roman, cependant très différent de L’ombre du vent. Tout d’abord, il y a une certaine part de surnaturel, ce à quoi je ne m’attendais pas vraiment, mais qui ne m’a pas déplu, juste prise de court au début. On sent toujours l’amour que porte l’auteur à la ville de Barcelone (même si, bizarrement, j’ai lu qu’il habitait à présent à Los Angeles), qui nous fait également tomber sous le charme de la ville. D’ailleurs, à bon entendeur, j’adorerais un guide de Barcelone selon les romans de Carlos Ruiz Zafón de la même manière qu’il existait des guides de Paris selon le Da Vinci Code de Dan Brown ! Comme toujours, l’auteur nous arrache quelques larmes (dans son premier roman, il m’avait même arraché un torrent). L’histoire est douce-amère, a un parfum suave et des teintes sépia. J’ai beaucoup aimé, pas autant que L’ombre du vent, mais il faut reconnaître que la barre était placée très haut !

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L’Ombre du Vent

Suite à un article lu sur le blog de Happy Few, je me suis tournée vers ma PAL (Pile A Lire), pour tenter de la faire diminuer. Juste avant les vacances, effectivement, quoi de mieux que de puiser dans ses propres réserves? Surtout que je suis habituée à empiler des livres à lire et à me ruer bien souvent sur les derniers achats. Et c’est ainsi que L’Ombre du Vent, de Carlos Ruiz Zafon, a patienté presque trois ans avant que je ne me perde au fil de ses pages. J’ai envie de dire trois années de perdues, tant ce livre m’a transportée.

L'Ombre du VentDaniel, dix ans, orphelin de mère, est emmené un soir par son père, libraire, dans un lieu étrange : « le cimetière des livres oubliés ». Là, l’adulte lui demande de choisir un livre à « adopter », un ouvrage parmi les milliers que compte l’endroit. Le choix du petit garçon se porte sur « L’Ombre du Vent », de Julian Carax. Aussitôt rentré chez lui, il plonge dans cette histoire, dont il ne sort qu’au petit matin, avec l’envie dévorante de lire d’autres romans de l’auteur. Il entame sa recherche et n’en trouve nulle part, mais s’aperçoit bien vite que quelqu’un est passé avant lui, et a apparemment consacré sa vie à brûler tous les romans de Carax. Le jeune garçon, en grandissant, va poursuivre en parallèle sa quête des romans de l’auteur… Il va en apprendre plus sur son compte, avec un étrange parallèle entre leurs deux vies.

Julian Carax était fils d’un chapelier espagnol et d’une Française professeur de piano. Un jour, il est remarqué par un personnage puissant de Barcelone, M. Aldaya, qui le prend sous son aile, et lui permet de faire son entrée dans un collège privé, où il recevra une meilleure éducation. Julian se lie d’amitié avec Jorge, le fils de ce monsieur. Mais surtout, il tombe amoureux de sa fille, la jeune Penelope. Les deux enfants ont alors à peine une douzaine d’années. Et il va s’en passer des choses, heureuses et tragiques, entre ce moment et celui où Daniel découvre « L’Ombre du Vent », des années plus tard…

Prenant pour théâtre la Barcelone des années 1945, entre les fumisteries d’une police plus que nuisible, et les plaies béantes du peuple, L’Ombre du Vent nous entraîne au fil des les ruelles de la ville espagnole, en passant par une maison hantée, dans le sillage de ces personnages hauts en couleur, auxquels on s’attache sans même s’en rendre compte. D’ailleurs, quand on referme le roman, on est triste de les quitter.

Le roman alterne par moments présent et passé, pour mieux nous expliquer l’histoire de Carax et de Daniel. Certains parleront de désordre, de fouillis. Mais l’existence n’est pas ordonnée, et ce roman m’a donné l’impression de suivre un courant de vie, parfois imprévisible, impétueux. L’impression que j’ai eue, à un moment de ma lecture, est littéralement de me faire déchirer le coeur. Les vies entrelacées de Daniel, Julian, Penelope, Firmin, Fumero et les autres entraînent le lecteur dans un tourbillon duquel il ne sort pas indemne. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai enragé, et je n’ai pas été capable de poser le roman durant sa seconde moitié.

Mêlant plusieurs genres différents avec brio, ce roman sur le pouvoir des livres se dévore plus qu’il ne se lit. J’ai hâte de pouvoir relire cet auteur, notamment son livre suivant, Le Jeu de l’Ange. Et à coup sûr, je relirai L’Ombre du Vent. Très vite.