L’Ombre du Vent

Suite à un article lu sur le blog de Happy Few, je me suis tournée vers ma PAL (Pile A Lire), pour tenter de la faire diminuer. Juste avant les vacances, effectivement, quoi de mieux que de puiser dans ses propres réserves? Surtout que je suis habituée à empiler des livres à lire et à me ruer bien souvent sur les derniers achats. Et c’est ainsi que L’Ombre du Vent, de Carlos Ruiz Zafon, a patienté presque trois ans avant que je ne me perde au fil de ses pages. J’ai envie de dire trois années de perdues, tant ce livre m’a transportée.

L'Ombre du VentDaniel, dix ans, orphelin de mère, est emmené un soir par son père, libraire, dans un lieu étrange : « le cimetière des livres oubliés ». Là, l’adulte lui demande de choisir un livre à « adopter », un ouvrage parmi les milliers que compte l’endroit. Le choix du petit garçon se porte sur « L’Ombre du Vent », de Julian Carax. Aussitôt rentré chez lui, il plonge dans cette histoire, dont il ne sort qu’au petit matin, avec l’envie dévorante de lire d’autres romans de l’auteur. Il entame sa recherche et n’en trouve nulle part, mais s’aperçoit bien vite que quelqu’un est passé avant lui, et a apparemment consacré sa vie à brûler tous les romans de Carax. Le jeune garçon, en grandissant, va poursuivre en parallèle sa quête des romans de l’auteur… Il va en apprendre plus sur son compte, avec un étrange parallèle entre leurs deux vies.

Julian Carax était fils d’un chapelier espagnol et d’une Française professeur de piano. Un jour, il est remarqué par un personnage puissant de Barcelone, M. Aldaya, qui le prend sous son aile, et lui permet de faire son entrée dans un collège privé, où il recevra une meilleure éducation. Julian se lie d’amitié avec Jorge, le fils de ce monsieur. Mais surtout, il tombe amoureux de sa fille, la jeune Penelope. Les deux enfants ont alors à peine une douzaine d’années. Et il va s’en passer des choses, heureuses et tragiques, entre ce moment et celui où Daniel découvre « L’Ombre du Vent », des années plus tard…

Prenant pour théâtre la Barcelone des années 1945, entre les fumisteries d’une police plus que nuisible, et les plaies béantes du peuple, L’Ombre du Vent nous entraîne au fil des les ruelles de la ville espagnole, en passant par une maison hantée, dans le sillage de ces personnages hauts en couleur, auxquels on s’attache sans même s’en rendre compte. D’ailleurs, quand on referme le roman, on est triste de les quitter.

Le roman alterne par moments présent et passé, pour mieux nous expliquer l’histoire de Carax et de Daniel. Certains parleront de désordre, de fouillis. Mais l’existence n’est pas ordonnée, et ce roman m’a donné l’impression de suivre un courant de vie, parfois imprévisible, impétueux. L’impression que j’ai eue, à un moment de ma lecture, est littéralement de me faire déchirer le coeur. Les vies entrelacées de Daniel, Julian, Penelope, Firmin, Fumero et les autres entraînent le lecteur dans un tourbillon duquel il ne sort pas indemne. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai enragé, et je n’ai pas été capable de poser le roman durant sa seconde moitié.

Mêlant plusieurs genres différents avec brio, ce roman sur le pouvoir des livres se dévore plus qu’il ne se lit. J’ai hâte de pouvoir relire cet auteur, notamment son livre suivant, Le Jeu de l’Ange. Et à coup sûr, je relirai L’Ombre du Vent. Très vite.

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