Semper Augustus

Semper Augustus. Le nom d’une tulipe.

La lecture de ce roman est encore une fois le fruit d’un choix non raisonné : j’ai aperçu dans le métro la couverture pendant qu’une fille le lisait, mais pas moyen de déchiffrer le titre du livre ou son auteur. Mais la couverture de l’édition Folio, avec une illustration de tulipe rouge tirée d’un vieux recueil de botanique du 18ème siècle, m’a irrésistiblement attirée. Dès lors, je n’ai eu de cesse de trouver ce roman et de le lire. Je l’ai chassé et finalement trouvé dans le rayon nouveautés de la Fnac.

Pourtant je ne manque pas de lecture. Les romans « A lire » forment une jolie pile, dans mon étagère. Mais celui là n’a fait qu’y passer, le temps que je termine le précédent. On m’a appris à ne pas lire deux livres à la fois. Donc, j’ai un peu attendu quand même. Juste parce qu’il fallait.

Ce roman se passe au 17ème siècle, dans ce qui porte alors le nom de Provinces-Unies, autrement dit les Pays-Bas actuels. Il narre le destin d’une famille qui a été exilée de France, et qui a été ruinée. Le seul faste qu’il leur reste est leur éducation et leur demeure imposante, bien que défraîchie. A l’époque, il existait déjà, si l’on peut dire, une certaine forme de rêve américain. Le patriarche de la famille Van Deruick décide de tenter de faire fortune au Brésil, et quitte un beau jour ses enfants pour traverser l’océan. Il les confie à un homme puissant, mais rustre, qui va tenter d’en tirer avantage. Cet homme est tulipier, et va initier l’aîné, déjà adulte, au métier des fleurs. Le métier en question n’est pas la tâche manuelle de jardinier, mais consiste à faire vendre et trafiquer des bulbes jusqu’à des prix éffarants : un bulbe peut même être échangé contre une maison. Il s’agit en quelque sorte de la bourse d’aujourd’hui… Le jeune homme va être pris dans un monde qui n’est pas le sien, se mettre sa famille à dos et parfois faire des choix qui ne seront pas toujours les plus judicieux.

L’ouvrage d’Olivier Bleys dépeint parfaitement bien l’étrange contradiction entre le riche rustre et le pauvre cultivé. On est pris dans cet univers de bulbes, de fleurs, de cigognes, d’arrière-salles d’auberges, d’enchères, de calèches, etc. L’ambiance est palpable, et le rythme est soutenu. On est face à une culture autre. On suit en parallèle l’éveil de Wilhem, mais aussi celui de sa soeur Petra et de sa « quête » de mari. On a par ailleurs une vision de l’arrivée du père, Cornélis, au Brésil, et de sa déception de voir que tout n’était pas si simple et rutilant qu’il le pensait.

Personnellement, j’ai beaucoup apprécié ce roman, qui m’a plongée dans un autre monde, une autre époque, d’autres moeurs, sans me perdre en chemin. Ce qui m’a principalement attirée dans ce roman au départ est certainement ma passion pour les tulipes. Je ne pouvais donc résister à un roman juste pour ces fleurs. J’ai trouvé passionnant de voir quelles folies ces oignons de fleurs pouvaient générer, juste pour une touche de bleu sur le bas de leurs pétales. J’ai également particulièrement apprécié le caractère complexe du régent, même si le personnage m’était fondamentalement antipathique, qui semble pris entre divers courants pour finalement ne plus savoir qui il est.

Ce livre était différent, et j’ai vraiment apprécié cela. Il dépeint une époque que je ne connaissais pas, et que j’ai trouvé passionnante, par les castes sociales inébranlables, par les valeurs folles prises par les bulbes, etc. J’ai découvert pas mal de nouvelles choses. Et c’est l’intérêt de la lecture, non?

Semper Augustus, Olivier Bleys, 2007, Gallimard. Chez Folio.

Le Zèbre

Alexandre Jardin. L’image que j’ai de cet auteur, c’est son image de l’amour idéal. L’amour que ne ternit pas, ne s’étiole pas, qui ne se laisse pas dépasser par la routine. Tant dans Fanfan que dans Le Zèbre, c’est cet idéal qui ressort. Pas étonnant que ces deux romans aient été écrits d’affilée (Le Zèbre en 1988 et Fanfan en 1990).

Le Zèbre, c’est l’histoire d’un homme qui est prêt à toutes les bizarreries pour rester le grand amour de sa femme. Il veut la reconquérir chaque jour, pour ne pas laisser s’installer l’habitude. Il refuse le concept d' »acquis ».

Ce roman est frais. L’idéal qu’il véhicule est adorable, émouvant, fou. On ne le comprend pas toujours, mais il est attendrissant. Personnellement, ce livre, que j’ai lu étant adolescente, a quelque part formé mon idéal également. Pas à ce point bien sûr, mais ces romans d’A. Jardin font que l’on refuse la médiocrité. On veut se sentir vivant. On ne veut pas juste avoir quelqu’un à ses côtés, on veut LA bonne personne, et de la bonne façon. Les personnages de ces deux livres sont dans un refus total de médiocrité (même si quelque fois ce refus les pousse à agir de manière médiocre).

Le Zèbre est étourdissant par ses stratagèmes, émouvant dans sa relation avec ses enfants, touchant dans ses efforts vis à vis de son épouse (même si quelque fois on le trouverait saoûlant aussi). Le concept de redistribuer les fleurs du cimetière est révolutionnaire, et pourtant l’auteur parvient même à rendre le fossoyeur hargneux sympathique…

Alexandre Jardin nous a offert une fable  sur le fait quil ne faut pas prendre les choses pour acquis et que les sentiments se cultivent.  C’est toujours bien de rappeler cela…