La formule préférée du professeur

Après ma folle lecture de la tétralogie vampirique Twilight, je me suis plongée dans un roman japonais de Yoko Ogawa, La formule préférée du professeur, oscillant entre mathématique et base-ball. Brusque changement de style, n’est-ce pas? Découvert au détour d’un rayon de la librairie Filigranes, avec un joli coeur apposé sur la couverture, clamant « pur plaisir », ce roman a égayé quelques bonnes heures de trajet en tgv (huit, pour être précise, mais il faut y ajouter presque trois heures de train « normal »).

Orchestré de main de maître autour de la thématique des chiffres, il narre l’histoire croisée de personnes qu’au départ, rien ne lie : une aide-ménagère, son fils et un vieux professeur de mathématique à l’université. Ou une jeune femme sympathique et curieuse,un jeune garçon de dix ans très éveillé et un monsieur âgé passionné mais avec un lourd handicap, conséquence d’un accident de voiture : sa mémoire à court terme se réduit à 80 minutes. Tous les matins recommence le rituel des présentations, avec les mêmes questions, les mêmes réponses, les mêmes histoires. Et pourtant, une étrange amitié se noue entre les trois personnages, un sentiment très fort. Ensemble, ils évoluent dans un monde de nombres premiers, de nombres parfaits, de nombres triangulaires, entourés par la formule d’Euler, etc. Le professeur leur ouvre les portes du monde merveilleux des secrets des chiffres et tant la mère que le fils sont conquis. Et le lecteur également.

On se prend au jeu, à comprendre la magie magnifique des nombres décrite dans le livre, à presqu’apprécier le base-ball, à ressentir plein de choses et à s’attacher aux personnages. Au fil des pages, on découvre quelques pans de la vie du professeur, sa vie d’avant l’accident. Le livre ne se centre pas sur le pourquoi de son handicap, ni sur les difficultés à s’insérer dans le monde avec une mémoire à ce point malade. La formule préférée du professeur s’intéresse surtout aux relations entre les gens, à la manière qu’ont Root (surnommé ainsi par le professeur en raison de la forme de son crâne, qui fait apparemment penser à une racine carrée) et sa mère de gérer la « maladie » du professeur et à l’attachement entre ces personnes qui grandissent ensemble.

C’est un roman hors du temps que nous offre Yoko Ogawa, avec l’histoire de ce monsieur qui se croit toujours en 1975, qui pense que le grand joueur de base-ball Enatsu est toujours au sommet de sa carrière, alors qu’il est retraité et gros.  Un professeur qui chaque matin doit redécouvrir et accepter sa maladie sous la forme d’une note épinglée à sa veste (parmi des tas d’autres) indiquant « ma mémoire dure 80 minutes ». Empreint de beaucoup de douceur et de calme, ce livre revêt également la poésie typique aux romans japonais que j’affectionne. Je ne peux que vous le recommander.

Et un petit détail tout bête… J’adore les livres de la collection Babel d’Actes Sud pour la texture satinée très douce de leurs couvertures… Pas vous? :-)

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