A moi pour toujours

9782253123637-TDans ce roman, intitulé simplement Be mine en VO, Laura Kasischke (découverte il y a quelques mois par ici via Les revenants) nous dépeint la vie de Sherry Seymour, professeur d’anglais à l’université, dans le Michigan. Elle est mariée depuis vingt ans avec Jon, vit dans une belle maison à la campagne. Son fils Chad vient de quitter le nid familial pour l’université de Berkeley, de l’autre côté du pays. Elle a un peu le blues après son départ, l’impression que la maison est vide et sa vie aussi, après tant d’années à s’occuper de lui, à le conduire à la musique, au foot, à l’école, etc.

Le jour de la Saint-Valentin, elle reçoit comme chaque année une carte de son fils, des fleurs de son mari mais aussi, et c’est une première, un mot anonyme dans son casier, à la fac. Un message sans équivoque : « sois mienne ». Elle a un admirateur secret. Au début, ça la fait sourire. Puis, peu à peu, ça l’intrigue… Les mots se suivent, elle cherche à savoir de qui ils viennent. Son mari est émoustillé par cette histoire, bizarrement. Sa meilleure amie Sue ne comprend pas l’importance qu’elle accorde à ces petits bouts de papier glissés dans sa boîte. Garett, un ancien ami de son fils qui étudie dans la même université où elle travaille, lui mentionne que cela doit provenir de son professeur de mécanique, qui a un jour parlé de « la prof de littérature canon », qui, compte tenu de ses collègues au physique ingrat, ne pouvait s’appliquer qu’à elle… De fil en aiguille, l’intrigue va de l’avant, parfois prenant des chemins qu’en tant que lecteur, on aurait voulu éviter…

C’est un livre sur la désillusion, le vide d’une vie rangée et parfaite, la haine amère qui peut éclore de sentiments bien plus beaux. Au travers de l’histoire de Sherry Seymour, sur quelques saisons, Laura Kasischke nous dépeint une société américaine pleine d’amertume et qui cherche à combler le vide. Tout comme dans Les revenants, le point de départ est une situation terriblement banale dans laquelle viennent s’inflitrer quelques grains de sable (comme une biche percutée par une voiture) qui mettent en avant la fragilité de cette vie rangée pour laquelle l’auteur semble avoir un certain mépris…

Je l’ai lu très rapidement, je l’ai apprécié mais je lui ai préféré Les Revenants. Je n’ai pas vu venir l’intrigue en tous cas, effet de surprise garanti. A présent, je me demande quel sera mon prochain Laura Kasischke… Des conseils ? :)

Les Revenants

Je sors un peu de ma narration de notre voyage aux Etats-Unis pour vous parler d’un roman hypnotisant que je viens de terminer. J’en avais lu du bien sur la blogosphère lors de sa parution en grand format, mais comme vous le savez, j’ai une nette préférence pour le format poche… Donc, j’ai patiemment attendu mon tour, très intriguée, jusqu’au début de cette année 2013, pour enfin découvrir Les Revenants, de Laura Kasischke.

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Comment vous dire ? J’ai accroché comme cela ne m’était plus arrivé depuis un moment… Techniquement, ce n’est pas bien compliqué d’accrocher à une histoire de type thriller/enquête/mystère (encore que). Par contre, c’est moins fréquent d’être accroché tout en étant convaincu de la qualité du roman. Combien de fois ne sommes-nous pas happés par un thriller basique, qu’on oublie dès qu’on le termine tant, au final, à part le suspense, il n’y avait rien à en garder ? Je parle en connaissance de cause, j’en ai chroniqué une volée ces derniers mois.

Je vous place le décor : une prestigieuse petite université américaine du Michigan, Godwin Honors Hall. Craig revient sur le campus pour emménager avec son colocataire de l’année précédente, Perry. Il y a un an, Craig a eu un accident de voiture une nuit, dans les bois, alors qu’il était en compagnie de Nicole, sa petite amie. Nicole Werner, jeune, jolie, blonde, délicate, brillante, vierge, major de promo, etc., est décédée dans l’accident et sa mort a touché toute l’université ainsi que sa sororité, Omega Theta Tau (ΩΘΤ). Tout le monde en veut à Craig, l’inconscient, qui a même quitté les lieux de l’accident et laissé mourir Nicole dans l’incendie de la voiture, sur la banquette arrière. Sauf que ce n’est pas du tout la version de Shelly, responsable de la société de Musique de Chambre de l’université et première arrivée sur les lieux du drame, quelques secondes après l’accident. Selon Shelly, pas de flammes, pas de sang et surtout, Craig était bien présent et Nicole, éjectée de la voiture, était en vie et juste inconsciente. Mais personne n’accorde d’intérêt à ses déclarations : la presse, l’université, absolument personne ne l’écoute. Peu à peu, Craig, Perry et un autre étudiant sont confrontés à des phénomènes étranges : ils ont l’impression de voir Nicole sur le campus, Craig reçoit des cartes postales signées de sa main, des coups de fils bizarres, … Perry décide alors de suivre le séminaire de Mira Polson portant sur « la mort, mourir, les non-morts », à qui il parle de ces histoires concernant Nicole Werner. A l’époque de l’accident de Nicole, Denise, une autre jeune fille de la sororité Omega Theta Tau avait fugué sans laisser de trace. Tous ces éléments vont se mettre en place pour construire l’intrigue de Laura Kasischke. Le roman se dévore et l’histoire se dévoile en alternant le présent et le passé. Cela nous permet de mieux cerner les protagonistes et surtout le personnage de Nicole, qui paraît très lisse au premier abord et qui se révèle au final très différent de la petite fille modèle qu’on entrevoit pendant la première partie du roman.

Comme je le disais ci-dessus, j’ai vraiment adoré ce roman. Le genre est assez confus : pas vraiment thriller, pas vraiment surnaturel, pas vraiment mystère… Il est multi-facettes et ça fait tout son charme. Pendant les passages où je ne le lisais pas, j’y pensais… On se demande vraiment ce qui s’est passé cette fameuse nuit, on essaie de comprendre les différents comportements (et on n’y arrive pas toujours, malheureusement, il reste des points d’interrogation à la fin… je dis ça, je dis rien :p). Mais c’est une belle plongée critique dans la société américaine, dans le monde (que j’adore) des universités US, des sororités et de leurs bizutages et traditions étranges (si pas dangereux ou idiots). En parallèle, les passages concernant la mort, via la voix de Mira Polson, sont très intéressants. Ce qui ne gâche rien. Bref, je le conseille très chaleureusement !