Penelope

J’ai terminé tout récemment Penelope, un roman de Rebecca Harrington croisé au fil de mes balades dans la librairie Waterstones d’Islington. L’auteur est sortie d’Harvard et a choisi cette université pour situer son roman (ce qui m’a déjà énormément attirée, car j’avais adoré ma visite de ce campus en 2012).

9781844088652

Le roman suit l’histoire de Penelope (comme son titre l’indique :p), jeune fille qui entre en première année d’université à Harvard. Originaire du Connecticut, la jeune fille est plutôt intelligente (on n’accepte pas n’importe qui à Harvard) mais au point de vue sociabilité, on a connu plus douée. On ne peut pas vraiment dire qu’elle avait des amis au lycée, on peut affirmer qu’elle n’en aura pas vraiment pour sa première année d’université.

Pénélope se retrouve à partager une colocation d’étudiantes avec deux autres jeunes filles, l’une hyper active qui ne pense qu’à avoir le maximum dans toutes les matières, participer à toutes les soirées et être dans la meilleure résidence l’année suivante et l’autre complètement asociale et bizarre, qui aime être seule et avoir la paix. Pénélope ne sait pas se faire d’amis, elle palabre d’ailleurs au fil du bouquin sur la facilité que semblent avoir les autres à enchaîner les « Hello », « Ok », « Awesome » qui débouchent sur des amitiés. Elle est plutôt du style à passer son temps à jouer à Tetris sur son téléphone lors d’une soirée ou à rêvasser à son idole, Hercule Poirot. Elle est d’une maladresse sociale déconcertante : toujours l’art de dire ce qu’il ne faut pas dire, de tomber à plat, de ne pas saisir le second degré ou de simplement ne pas être dans le délire collectif. Elle traîne un peu avec Ted et ses amis, qui vivent à l’étage du dessous de la même résidence qu’elle. Elle se lie (autant qu’elle le peut) avec Catherine, une jeune fille qui veut se rapprocher de Ted. Penelope craque complètement sur Gustav, un étudiant étranger assez peu conformiste mais très populaire. Sa mère essaie de la pousser à participer à des activités extra-scolaires, type chorale ou théâtre : c’est ainsi que Catherine et elle se retrouvent à jouer dans la pièce « Caligula »…

J’ai terminé ce roman il y a déjà une ou deux semaines et pourtant je suis toujours incapable de dire si je l’ai aimé ou non. Il y a des choses que j’ai appréciées, d’autres nettement moins. Les personnages n’étaient pas attachants. Pénélope est froide, lisse. Oui, elle est bizarre, oui elle est maladroite mais on n’accroche pas vraiment. Ses collocs sont des têtes à claques, Ted est un imbécile qui se prend pour quelqu’un et Gustav a le profil parfait du type qui fait rêver les filles mais qui est un bel enfoiré. Bref, pas un pour rattraper l’autre. Je ne sais pas si c’était le but de l’auteur mais ce qu’elle dépeint d’Harvard est loin d’être idyllique. J’ai par contre adoré me remémorer les lieux au fil du livre : Harvard Yard, notamment. J’étais tombée amoureuse de l’ambiance et  j’ai été un peu déçue que celle-ci ne transparaisse pas du tout dans le roman. Pour l’histoire en tant que telle, ça ne casse franchement pas trois pattes à un canard. Avis plutôt mitigé donc.

L’Ombre du Vent

Suite à un article lu sur le blog de Happy Few, je me suis tournée vers ma PAL (Pile A Lire), pour tenter de la faire diminuer. Juste avant les vacances, effectivement, quoi de mieux que de puiser dans ses propres réserves? Surtout que je suis habituée à empiler des livres à lire et à me ruer bien souvent sur les derniers achats. Et c’est ainsi que L’Ombre du Vent, de Carlos Ruiz Zafon, a patienté presque trois ans avant que je ne me perde au fil de ses pages. J’ai envie de dire trois années de perdues, tant ce livre m’a transportée.

L'Ombre du VentDaniel, dix ans, orphelin de mère, est emmené un soir par son père, libraire, dans un lieu étrange : « le cimetière des livres oubliés ». Là, l’adulte lui demande de choisir un livre à « adopter », un ouvrage parmi les milliers que compte l’endroit. Le choix du petit garçon se porte sur « L’Ombre du Vent », de Julian Carax. Aussitôt rentré chez lui, il plonge dans cette histoire, dont il ne sort qu’au petit matin, avec l’envie dévorante de lire d’autres romans de l’auteur. Il entame sa recherche et n’en trouve nulle part, mais s’aperçoit bien vite que quelqu’un est passé avant lui, et a apparemment consacré sa vie à brûler tous les romans de Carax. Le jeune garçon, en grandissant, va poursuivre en parallèle sa quête des romans de l’auteur… Il va en apprendre plus sur son compte, avec un étrange parallèle entre leurs deux vies.

Julian Carax était fils d’un chapelier espagnol et d’une Française professeur de piano. Un jour, il est remarqué par un personnage puissant de Barcelone, M. Aldaya, qui le prend sous son aile, et lui permet de faire son entrée dans un collège privé, où il recevra une meilleure éducation. Julian se lie d’amitié avec Jorge, le fils de ce monsieur. Mais surtout, il tombe amoureux de sa fille, la jeune Penelope. Les deux enfants ont alors à peine une douzaine d’années. Et il va s’en passer des choses, heureuses et tragiques, entre ce moment et celui où Daniel découvre « L’Ombre du Vent », des années plus tard…

Prenant pour théâtre la Barcelone des années 1945, entre les fumisteries d’une police plus que nuisible, et les plaies béantes du peuple, L’Ombre du Vent nous entraîne au fil des les ruelles de la ville espagnole, en passant par une maison hantée, dans le sillage de ces personnages hauts en couleur, auxquels on s’attache sans même s’en rendre compte. D’ailleurs, quand on referme le roman, on est triste de les quitter.

Le roman alterne par moments présent et passé, pour mieux nous expliquer l’histoire de Carax et de Daniel. Certains parleront de désordre, de fouillis. Mais l’existence n’est pas ordonnée, et ce roman m’a donné l’impression de suivre un courant de vie, parfois imprévisible, impétueux. L’impression que j’ai eue, à un moment de ma lecture, est littéralement de me faire déchirer le coeur. Les vies entrelacées de Daniel, Julian, Penelope, Firmin, Fumero et les autres entraînent le lecteur dans un tourbillon duquel il ne sort pas indemne. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai enragé, et je n’ai pas été capable de poser le roman durant sa seconde moitié.

Mêlant plusieurs genres différents avec brio, ce roman sur le pouvoir des livres se dévore plus qu’il ne se lit. J’ai hâte de pouvoir relire cet auteur, notamment son livre suivant, Le Jeu de l’Ange. Et à coup sûr, je relirai L’Ombre du Vent. Très vite.