Shining

couv-king-shiningAprès des années à le voir dans les librairies, après avoir étudié l’adaptation de quelques scènes du roman par Stanley Kubrick à l’université, après pas mal de curiosité quand même (je n’ai pas – encore – vu le film, réalisé en 1980, en entier), je me suis lancée dans la lecture de Shining, un des classiques du « maître de l’horreur », Stephen King. La lecture de Dôme m’a en effet redonné l’envie de lire cet auteur.

Publié en 1977, Shining, pour ceux qui l’ignorent (et qui auraient vécu isolés dans un grand hôtel vide dans les montagnes en hiver… euh, non.) relate l’histoire d’une famille en charge de garder l’Overlook, un immense hôtel vide perché dans les Rocheuses durant l’hiver.

Complètement coupés du monde par la neige, Jack Torrance, son épouse Wendy et leur fils de 3 ans, Danny, vont faire face à d’étranges phénomènes… Jack Torrance a accepté ce job par dépit et désespoir : écrivain qui a sombré dans l’alcool, il a été viré du lycée où il était enseignant pour avoir frappé un étudiant. Après cette débâcle et un malheureux incident avec Danny, il a arrêté de boire et espère profiter de l’hiver passé à l’Overlook pour terminer d’écrire sa dernière pièce, entre les moments où il déblaie la neige, chauffe les différentes ailes de l’hôtel et empêche la chaudière d’exploser.

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L’Overlook dans le Shining de Stanley Kubrick

Pour lui, l’hiver passé dans les montagnes est le signe d’un nouveau départ. Son épouse, Wendy, s’adapte tant bien que mal à la situation, même si ce huis clos renforce sa méfiance vis à vis de son mari : elle craint qu’il ne replonge dans l’alcool. Leur fils de cinq ans, Danny, est un enfant particulier : très éveillé et sensible à son environnement, il « sent » les choses… Il n’aime pas l’hôtel : lors de la visite, il y a vu des trucs pas très réjouissants… Des stigmates de drames sanglants qui se sont déroulés dans l’établissement à une autre époque… Il sent également que l’hôtel a une influence néfaste sur son père, qui l’incite à « faire le vilain »…

L’atmosphère du roman est pesante, le huis clos est réussi. On se sent prisonnier de cet hôtel perdu dans les montagnes. On se sent enfermé, reclus, coincé par ces animaux de buis… On a envie d’aider les Torrance à quitter l’Overlook, d’aller leur hurler dans l’oreille « barrez-vous d’ici ! », un peu comme quand on regarde un film d’horreur et qu’on a envie de dire aux gens d’arrêter de se séparer tout le temps et de dire « je reviens tout de suite »… Mais on ne peut pas, on ne peut qu’assister avec impuissance aux drames qui se dessinent sous nos yeux. Je suis assez mitigée sur ce roman. Comme dit plus haut, le côté oppressant de la narration est parfaitement maîtrisé par Stephen King mais l’histoire est assez facile et, plus ennuyeux, ne se base finalement pas sur grand chose (ça me fait penser à la fin Lost où au final on ne nous donne même pas un os à ronger pour un début de cohérence ou d’explication). A mes yeux, ce n’est définitivement pas un des meilleurs que j’ai pu lire de l’auteur. Je me demande d’ailleurs pourquoi il a eu autant de succès… Peut-être à cause du rôle important de la violence conjugale et de l’alcoolisme, des problèmes malheureusement assez répandus, qui sont diabolisés et mis en avant au fil des pages ? Au final, l’influence de l’Overlook n’est peut-être qu’un personnage secondaire dans ce bouquin… Qu’en pensez-vous ?

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Pour bien faire, il faudrait que je voie le film… Mais je pense que j’ai un peu peur. Rien qu’à regarder la tête de Jack Nicholson sur la couverture du bouquin, mon sang se glace… De plus, le film aurait fortement déçu Stephen King, qui aurait jugé que Stanley Kubrik n’avait tout simplement pas compris son roman (cf. cet article intéressant). Une nouvelle adaptation, cette fois sous la forme d’une mini-série de trois épisodes pour la télévision, a d’ailleurs vu le jour en 1997 avec la participation de l’auteur. Une suite de Shining est parue fin 2013 sous le titre de Docteur Sleep (ici pour la VO). Je vous en parle bientôt, c’est ce que je suis en train de lire en ce moment.

Edit : Au final, « Docteur Sleep » m’a prodigieusement ennuyée (pardon à ceux qui l’ont apprécié) et je l’ai abandonné après quelques chapitres… 

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Dôme

Depuis sa sortie en 2009 en anglais, le roman Under the Dome (Dôme 1 et 2 en VF) de Stephen King m’a irrésistiblement attirée. Tout récemment, je me suis plongée dedans. Immergée devrais-je dire, compte tenu de la brique. Le déclencheur a été l’adaptation du roman en une série télé par la chaîne US CBS, sobrement intitulée « Under the dome » et dont la diffusion a débuté tout récemment, fin juin 2013. J’ai donc jugé que c’était le bon moment pour enfin lire ce loooong roman. Il faut savoir que j’ai horreur de lire le livre après avoir vu l’adaptation, question de goût.

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Ce roman, divisé en deux tomes en version française, a été débuté par l’auteur dans les années 70. Cependant, il n’a repris l’idée qu’en 2007 pour aboutir à ce résultat. Personnellement, j’ai découvert Stephen King via Ça (en trois tomes), Rage, Bazaar, Simetierre, Différentes Saisons (dont ont été tirés Stand by me avec River Phoenix et The Shawshank redemption avec Tim Robbins), Coeurs perdus en Atlantide (adapté au cinéma avec Anthony Hopkins). [Comme vous le constatez, il me reste de sacrées lacunes : Carrie, Shining, Christine, pour ne citer qu’eux].

Chester’s Mill, une petite ville du Maine. Relativement insignifiante, en fait, il n’y a rien de particulier à Chester’s Mill. Un petit journal, « The Democrat », géré par Julia Shumway. Un resto populaire, chez Rose, où le cuisinier est un ancien militaire, Dale Barbara, dit « Barbie », qui a servi en Irak. La ville est gérée par trois conseillers municipaux, mais le vrai dirigeant est le second conseiller, Jim Rennie, également concessionnaire automobile, un politicien tout ce qu’il y a de plus antipathique. Le fils de celui-ci, Junior, ignore être atteint d’une tumeur au cerveau, et déconne totalement : il assassine Angie, une jeune fille, et ne sait pas trop comment gérer le corps et masquer son crime. C’est à ce moment que la ville de Chester’s Mill connaît un événement unique et extrêmement bizarre : un champ de force de la forme d’un dôme se pose en une seconde sur la ville, respectant parfaitement ses frontières (en forme de chaussette). Un avion s’écrase contre ce genre de vitre, faisant deux morts. Des voitures s’encastrent à toute vitesse dans cet obstacle invisible. Une marmotte est coupée en deux. Une femme qui est occupée à jardiner a la main sectionnée et meurt rapidement, se vidant de son sang. N’oublions pas qu’on est chez Stephen King. Au moment où le Dôme se mettait en place, Barbie se préparait à quitter la ville : pour avoir repoussé les avances d’Angie, elle avait dit à son copain et ses amis qu’il avait essayé de la violer et l’ex-militaire s’était fait passer à tabac sur un parking par une bande d’idiots à gros bras. Malheureusement pour lui et pour Big Jim Rennie, heureusement pour les habitants, le Dôme est tombé avant qu’il ait eu le temps de sortir de Chester’s Mill, le coinçant à l’intérieur avec une frange de la population (dont Rennie) qui voudrait le voir derrière les barreaux voire pire.

Assez rapidement, les Etats-Unis sont aux portes de la ville, cherchant à comprendre le pourquoi du comment. L’armée tente plusieurs approches, certains habitants aussi : la balle tirée par le fusil d’un ado ricoche et lui revient dans l’oeil. Les missiles lancés par l’armée américaine laissent juste des traces noires sur le Dôme et déclenchent des incendies autour de celui-ci. Le chef de la police de la ville, un mec très bien (et qui enquête sur les agissements douteux de Rennie depuis quelques années) fait rapidement partie des victimes du phénomène : le champ de force généré par le dôme fait exploser son pacemaker. Des parents sont séparés de leurs enfants par cette barrière invisible. Les pompiers de la ville sont absents, ils étaient à l’extérieur pour la journée, comme de nombreux flics. Et c’est là que tout part en vrille (encore plus, j’entends). Big Jim nomme à la tête de la police Randolph, un flic incompétent et totalement malléable. Ensuite, il décide de renforcer les forces de police en engageant du sang neuf, principalement des jeunes imbéciles à gros biceps qui s’emballent vite et sont excités par le pouvoir (notamment ceux qui ont cassé la figure de Barbie). Puis, il se prend au jeu, organise de fausses émeutes pour arriver là où il veut, profite des effets du Dôme pour détruire des preuves qui l’accablent et mettre ses agissements sur le dos de Barbara, qui a été nommé responsable de la ville par le président des USA (Rennie a quand même installé une usine de méthadone sur le territoire de la ville, à l’aide du pasteur Coggins, notamment).

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L’air ne passe pas, ou presque, de l’extérieur dans le Dôme. L’eau, idem. La ville ne peut pas tenir des semaines avec ses réserves de propane (plus faibles que ce qui était prévu : des tas de bonbonnes manquent…) L’hôpital est presque désert, le personnel était soit absent soit meurt assez vite. Les patients, par contre, affluent. Les militaires postés à l’extérieur du Dôme, dont le colonel Cox, ne peuvent rien faire à part observer la débandade. Tout fiche le camp à Chester’s Mill, la police en tête : quand on laisse le pouvoir à une pourriture et qu’on donne des armes et un uniforme à d’anciens gamins de merde chercheurs d’embrouille, il ne peut en être autrement. Abus de force, violences, etc. Heureusement certains habitants restent lucides… Dont trois ados, Joe le surdoué, son copain Benny et la jeune Norrie dont ils sont tous les deux amoureux, vont se lier à Barbie, Julia et cie pour pouvoir comprendre le phénomène et essayer de sauver leur peau.

Pas de clown monstrueux comme dans Ça. Pas de folie comme dans Shining. Pas de retour des morts comme dans Simetierre. La seule touche de « fantastique » dans ce roman, c’est le Dôme, sorti de nulle part. L’horreur qui suit est uniquement humaine. C’est absolument flippant, mais le plus inquiétant c’est que c’est crédible (pas le Dôme mais le comportement totalement irrationnel et parfois infâme de la population qui perd les pédales). La bêtise et la cupidité, la violence, le côté abject de certains personnages… Ce besoin d’un leader, quel qu’il soit. Cette peur entretenue par Big Jim qui pousse des gens bien en conditions normales à devenir des moutons sans aucun sens critique.

J’ai beaucoup beaucoup aimé cette brique. Un des romans que j’ai préférés de l’auteur : abouti, mature, interpellant. Une belle réussite, qui part d’un événement qui m’a intriguée dès la lecture du résumé. Franchement, c’est une lecture passionnante qui nous montre dans quels extrêmes peuvent aller certains individus sans scrupules dans des situations de détresse. Et là, je vais bientôt pouvoir attaquer la série (qui a l’air de ne pas totalement respecter l’intrigue du bouquin), on verra ce que ça donne !

J’ai aussi très envie de découvrir le dernier roman sorti en français de l’auteur, 22/11/63, consacré à l’empêchement de l’assassinat de JFK. Vous l’avez lu ?